La polémique autour de Thélyson Orélien et de son roman C’était ça ou mourir relance le débat sur l’intelligence artificielle en littérature. Chez Guidécriture, elle nous donne surtout envie de rappeler pourquoi tant de personnes continuent d’écrire et de chercher un accompagnement humain : elles ont une histoire à construire, une voix à faire entendre et un message à transmettre.
Serena Davis, autrice et fondatrice de Guidécriture • 23 septembre 2026
Publié en France chez Grasset le 19 août 2026, C’était ça ou mourir raconte le parcours de Jonas Dorléon, contraint de quitter Haïti. Le roman reçoit le prix du roman Fnac le 21 septembre. Ce même jour, un compte anonyme sur X l’accuse d’avoir été presque entièrement rédigé avec une intelligence artificielle, en invoquant le détecteur Pangram. [1, 3, 4]
Le Monde rapporte avoir obtenu, avec ce même outil, des résultats signalant fortement une génération par IA sur les passages testés. Son enquête souligne aussi les limites de leur interprétation. Un résultat de détection doit être examiné ; il ne décrit pas, à lui seul, les conditions réelles de rédaction d’un livre. [2]
L’auteur conteste les accusations, et ses éditeurs, Grasset et Boréal, lui apportent leur soutien. Le 23 septembre, Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, appelle à la prudence tout en indiquant que des preuves irréfutables pourraient conduire à une décision sur la sélection du livre. [3, 4]
À la date de cet article, les sources citées présentent donc une accusation contestée. Je rejoins cet appel à la prudence et soutiens le droit de Thélyson Orélien à être entendu. Nous pouvons demander des explications sans transformer des résultats informatiques en condamnation publique.
La recherche invite à examiner les conditions dans lesquelles ces outils sont évalués. L’étude RAID, publiée à ACL en 2024, montre que les performances des détecteurs étudiés varient notamment selon les modèles générateurs et les modifications apportées aux textes. Ces résultats ne permettent pas de juger le cas Orélien ni de déclarer tous les détecteurs inutiles. Ils rappellent qu’une performance mesurée dans un test a un périmètre. [5]
Pour comprendre la fabrication d’un manuscrit, les versions successives, les échanges éditoriaux et les explications de l’auteur peuvent éclairer le travail accompli. C’est cette recherche de faits que nous souhaitons défendre, avec le respect dû aux personnes.
J’ai moi-même été confrontée à ce soupçon pour la couverture de mon roman Ils m’ont donné une mère pour que je vive, que je signe sous le nom d’Alexia Koskovaïa. On m’a reproché d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour l’illustration représentant une maman qui enlace son enfant. C’est faux : cette illustration a été réalisée par le graphiste et artiste Alexandre Katif.
C’est blessant pour moi, mais aussi pour lui. Derrière cette image, il y a son travail, sa sensibilité et ses choix artistiques. Alexandre est un artiste qui a évolué dans le milieu du gaming et si nous l’avons choisi, c’est parce qu’il connaissait la grand-mère qui a témoigné, et que ce récit résonnait fort en lui. Voilà une drôle de manière de reconnaître son talent que d’attribuer sa création à une machine sans connaître son travail. Ces accusations sont insupportables lorsqu’elles effacent, sur un simple soupçon, les personnes qui ont participé à la naissance d’un livre.
C’est triste d’en arriver à devoir se justifier. Pourtant, je conseille aux auteurs autoédités de rendre visibles les personnes qui ont contribué à leur livre : l’illustrateur, le graphiste, la correctrice ou le correcteur, les professionnels de la mise en page et de l’accompagnement littéraire. Une page de crédits, dans les premières pages du livre, ou des remerciements permettent de préciser le rôle de chacun. Le nom de l’illustrateur peut aussi trouver sa place sur la première de couverture, selon le projet et en accord avec lui.
On peut ainsi indiquer simplement : « Illustration de couverture : Alexandre Katif ». Pour un livre que j’ai accompagné, une mention comme « Accompagnement à l’écriture : Serena Davis, Guidécriture » permet de reconnaître ce travail. Il s’agit de crédits de création et de collaboration, adaptés aux contributions réelles de chacun.
Certains de mes clients précisent désormais qu’ils ont bénéficié de mon coaching, parfois pendant dix-huit mois. Ils souhaitent montrer le temps consacré à leur livre, les échanges et les reprises qui ont permis de le construire. Leur manuscrit n’est pas sorti d’un chapeau. Cette mention donne une place au chemin parcouru par l’auteur et à l’accompagnement humain dont il a bénéficié.
Ces crédits ne sont pas un certificat d’absence d’IA, et personne ne devrait avoir à afficher un label pour mériter d’être lu. Ils permettent de reconnaître les contributions et de raconter plus honnêtement comment un livre a pris forme.
Parce que le désir d’écrire ne se résume pas à vouloir obtenir un livre terminé. Il y a aussi ce qui se passe pendant que nous écrivons : une pensée qui se précise, un souvenir que nous regardons autrement, un personnage qui nous oblige à sortir de notre propre point de vue. Le chemin compte autant que les pages qui en résultent.
On peut aimer reprendre une scène, chercher le mot juste, entendre enfin le rythme d’une phrase. On peut se sentir découragé et revenir le lendemain parce que cette histoire nous tient. Les auteurs que j’accompagne connaissent ces moments. Leur envie d’écrire ne disparaît pas parce qu’un logiciel sait proposer un paragraphe.
Lorsque nous écrivons, nous devons choisir ce que nous voulons raconter. Pourquoi commencer par ce souvenir ? Que souhaitons-nous préserver ? Jusqu’où voulons-nous aller dans l’intime ? Ces questions nous amènent parfois à comprendre ce que nous cherchions à dire sans encore réussir à le formuler.
Mettre une expérience en récit peut aider à l’examiner, à lui donner une place, à décider de la manière dont nous souhaitons la transmettre. Cela ne signifie pas que l’écriture résout tout. Chacun avance à son rythme, avec la liberté de garder certaines choses pour soi. La valeur du travail ne se mesure pas à la quantité de douleur dévoilée.
Nous écrivons aussi parce que quelque chose nous révolte. Pour raconter une injustice, faire exister une expérience trop peu entendue, interroger les silences d’une famille ou les habitudes d’une société. Une histoire peut porter cette parole sans devenir un discours. Encore faut-il prendre le temps de choisir comment la faire vivre au lecteur.
Construire un personnage nous invite également à examiner des motivations différentes des nôtres. Que désire-t-il ? De quoi a-t-il peur ? Pourquoi agit-il ainsi ? Nous pouvons chercher à le comprendre sans approuver ses actes. Cette attention à la complexité humaine fait partie de ce que j’aime dans l’écriture et dans l’accompagnement littéraire.
Une voix se reconnaît dans un regard, une façon d’approcher une scène, des mots que l’on choisit et des silences que l’on laisse. Elle peut être hésitante au début. Elle peut évoluer avec les lectures, les essais et les réécritures. Il n’est pas nécessaire d’arriver avec un style déjà affirmé pour avoir le droit de se dire auteur.
Chez Guidécriture, nous encourageons cette recherche personnelle. Améliorer une phrase n’oblige pas à la rendre conforme à toutes les autres. Une correction doit rendre le texte plus juste en respectant la plume qui le porte. L’accompagnement aide l’auteur à reconnaître ce qui lui ressemble et à décider de ce qu’il veut faire évoluer.
Dans mon travail de coach en écriture, les personnes que j’accompagne s’interrogent sur leur parcours, sur la construction de leur récit et sur la manière de faire ressentir une émotion. Elles veulent savoir comment organiser leurs idées, donner une direction à leur manuscrit et rendre leurs personnages plus présents. Elles demandent un regard capable de comprendre leur intention et de leur répondre avec précision.
La présence d’un coach ne prouve évidemment pas qu’aucun outil numérique n’est utilisé. Elle témoigne, dans ma pratique, d’un besoin d’échange et d’accompagnement humain. Les auteurs viennent avec leurs questions. Nous examinons leurs choix, nous travaillons la structure, puis ils reprennent leurs pages et poursuivent leur chemin.
Mon rôle est de les aider à voir ce qu’ils peuvent améliorer et pourquoi. Une chronologie peut manquer de clarté ; une scène peut annoncer une émotion sans encore permettre de la ressentir. Nous cherchons ensemble des pistes, en laissant à l’auteur la décision et la responsabilité de son texte. C’est ainsi que l’accompagnement peut développer son autonomie.
Chez Guidécriture, nous défendons le travail des créateurs. Nous désapprouvons le remplacement de leur création par des textes ou des images générés automatiquement, y compris dans la communication et les publications sur les réseaux sociaux. La facilité de produire ne doit pas faire disparaître la valeur du regard, du savoir-faire et du temps consacrés à créer.
Nous souhaitons aussi distinguer les usages. Demander une proposition de reformulation pour une phrase que l’on a écrite, puis l’examiner, la refuser ou la retravailler, n’engage pas la même démarche que déléguer la rédaction d’un manuscrit entier. Cela mérite une discussion précise sur la place de l’outil et sur la transparence envers les lecteurs, plutôt qu’une étiquette posée sur une personne.
Nous n’avons pas à décider que toute personne ayant utilisé une IA serait incapable de réfléchir. Nous pouvons en revanche poser une question essentielle : quelle place reste-t-il à ses choix, à son travail et à sa responsabilité dans le texte proposé ? Défendre l’écriture humaine demande cette exigence, sans humilier ceux qui cherchent leur manière d’écrire.
Je ne crois pas que les auteurs renonceront à leur voix parce qu’une intelligence artificielle peut produire des phrases. Leur désir d’écrire tient aussi à ce qu’ils découvrent en écrivant, à ce qu’ils veulent transmettre et au lien qu’ils espèrent créer avec leurs lecteurs. Aucune génération de texte ne peut accomplir ce chemin personnel à leur place.
Nous les retrouvons en coaching littéraire, en bêta-lecture et en correction. Nous les accompagnerons aussi dans nos prochaines formations. Ils réfléchissent, ils construisent, ils écrivent avec le cœur. Notre engagement est de leur donner des repères pour avancer en restant fidèles à ce qu’ils souhaitent raconter.
Vous avez une histoire en tête ou un manuscrit en cours ? Vous aimeriez être accompagné pour structurer votre récit et affirmer votre voix ? Présentez votre projet à Guidécriture. Nous pourrons identifier avec vous le travail dont votre texte a besoin.
Parlons de votre projet d’écriture
Et vous, qu’est-ce que le fait d’écrire vous apporte, au-delà du livre terminé ?
Références consultées le 23 septembre 2026. Les numéros renvoient aux passages de l’article. Les informations d’actualité sont datées pour permettre leur mise à jour.
[1] Hachette / Grasset
C’était ça ou mourir — fiche de l’éditeur
Parution française du 19 août 2026 et présentation du récit.
[2] Olivier Clairouin, Florian Reynaud, Nicolas Six et Michaël Szadkowski — Le Monde
Thélyson Orélien accusé d’avoir utilisé l’IA pour son livre « C’était ça ou mourir »
22 septembre 2026, mis à jour le 23 septembre. Enquête sur les accusations et les tests de Pangram. Article réservé aux abonnés.
[3] Agence QMI — TVA Nouvelles
Ce roman québécois primé a-t-il été écrit par l’IA ? L’éditeur Grasset dément les rumeurs
22 septembre 2026. Origine des accusations et réactions des maisons d’édition.
[4] Cédric Bélanger — TVA Nouvelles
Prix Goncourt : Il faudra des « preuves irréfutables » pour exclure Thélyson Orélien, affirme son président
23 septembre 2026. Propos de Philippe Claudel rapportés après son intervention sur franceinfo et réponse de l’auteur.
[5] Liam Dugan et ses coauteurs — Association for Computational Linguistics
RAID: A Shared Benchmark for Robust Evaluation of Machine-Generated Text Detectors
ACL 2024, p. 12463–12492. DOI : 10.18653/v1/2024.acl-long.674. Étude générale, antérieure à cette affaire.
Les passages consacrés au coaching expriment le témoignage et la position de Serena Davis sur sa pratique professionnelle.
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